Décret ‘Visa Passeport Talent Chercheur’ : make ESR xénophobe (yet) again

Image libre de droits. Source: pikist

Le Conseil d’Etat a récemment consacré l’augmentation de frais d’inscription pour les étudiant·es étranger·es extra-communautair·es[1]. L’inutilité et les méfaits de cette réforme inégalitaire et xénophobe ne sont plus à démontrer. Elle n’est hélas pas isolée. Un décret qui change les règles d’attribution des visas long séjour pour les chercheur·ses, passé relativement inaperçu, vient soumettre l’Enseignement Supérieur et la Recherche à une logique toujours plus raciste et classiste.   

Alors que se termine la campagne de recrutement toujours plus sélective à l’université[2], les doctorant·es et docteur·es sans postes étranger·es renouvellent leurs demandes de visa pour l’année universitaire à venir. Pour beaucoup, l’application du récent décret du 23 janvier 2020 constitue une restriction sévère des conditions d’accès au visa chercheur·se. Le mal nommé visa long séjour (VLS) ‘passeport talent-chercheur’ était, jusqu’à présent, accessible aux doctorant·es et chercheur·es dont les ressources étaient assurées soit par un contrat salarié (doctoral ou d’Attaché·e Temporaire à l’Enseignement et à la Recherche), par une bourse du pays d’origine, ou encore par des ressources propres (économies, familiales)[3].

Comme l’illustrent le nouveau formulaire (illustration ci-après) et les témoignages de refus qui nous ont été communiqués, la convention d’accueil nécessaire pour demander un visa chercheur ne pourra plus être délivrée aux docteur·es ayant une bourse ou aux chercheur·es invité·es (non-titulaires) avec d’autres types de ressources. Comme tous les précaires, i·elles participent pourtant à faire tourner l’ESR en enseignant et continuant à chercher et publier.


Extrait de l’ancienne convention d’accueil

Extrait de la nouvelle convention d’accueil


Cette mesure restreint les droits des chercheur·es étranger·es et exacerbe les situations d’insécurité administrative des personnes non-titulaires et précaires. Disposer d’une bourse ou de ressources propres n’est plus suffisant pour demander un visa chercheur. Dans cet univers de compétitivité mortifère, le privilège d’être épargé·e par la précarité administrative et de rester en France est réservé aux chercheur·es et doctorant·es disposant d’un contrat (doctoral, post-doctoral ou d’ATER).

Bien qu’aucune donnée ne soit à ce jour disponible pour mesurer l’impact du décret, des refus de renouvellement de visa ont déjà été signalés. Cette mesure xénophobe signifie donc l’expulsion de fait de nombreux·ses docteur·es précaires étranger·es. Si vous êtes concerné.e, envoyez-nous votre témoignage :  precairesesr_temoignages_visa@riseup.net

Mobilisons-nous pour faire connaître les effets de ce décret, refusons l’expulsion de nos camarades chercheur·es étranger·es précaires !

Des membres du collectif des précaires de l’ESR IDF


[1] Pour plus d’informations voir:  https://universiteouverte.org/2020/07/03/le-conseil-detat-permet-au-gouvernement-de-fermer-luniversite/ 

[2] Selon les disciplines il n’est pas rare que 100, 150 personnes candidatent à un seul poste d’enseignant·e chercheuse·r, qui se sont raréfiés par les réformes successives.

[3] Les étudiant·es étrangèr·es de licence, master et doctorat peuvent demander un visa « étudiant » et sont tenu·es de justifier des ressources mensuelles d’un montant de 615€ par mois. Ce visa permet d’exercer une activité rémunérée réduite qui n’ouvre pas de droits au chômage.